Le nouvel ordre mondial

Publié: octobre 5, 2011 dans Uncategorized

Les aventures mirobolantes de l’Empereur Picrochole II
au Pays des Mille et une Nuits

Aline de Diéguez

Chapitre X : Aux sources de la puissance de l’empire : La conspiration de l’Ile Jekyll

" En ces temps d’imposture universelle, dire la vérité est un acte révolutionnaire. "
George Orwell

L’île Jekyll

Il était une fois une petite île du nom de Jekyll, à quelques encablures de la côte de Georgie. Ce petit bout de terre devrait être marqué d’une croix noire sur toutes les mappemondes et être considéré par le monde entier comme un des lieux les plus néfastes pour l’humanité qui ait jamais existé. En effet, les résultats des décisions qui y furent prises furent si calamiteux pour tout le XXème siècle que ses conséquences n’en sont pas épuisées ; et le pire est à venir.

C’est dans ce petit îlot bucolique que se tint, en novembre 1910, une réunion secrète qui donna naissance, trois ans plus tard, la veille de Noël 1913, à la création du monstre de l’île Jekyll : la Federal Reserve Bank, connue sous le sigle de FED, et à son bras armé, le dollar.

Jekyll ? Vous avez dit Jekyll ? Mais c’est bien sûr ! Le nom évoque irrésistiblement le roman de Robert Louis Stevenson, L’étrange cas du Dr Jekyll et de Mister Hyde, qui avait paru une vingtaine d’années auparavant en Angleterre – en 1885 – et qui avait connu un immense succès tant en raison de ses qualités littéraires que de sa pénétration psychologique et du thème traité . Le retentissement du roman dans les pays anglo-saxons protestants devait beaucoup à son sujet : la lutte du Bien et du Mal dans la conscience de chaque homme. Ces thèmes nous sont aujourd’hui familiers ; ils sont même d’une brûlante actualité depuis que notre Picrochole en a fait le carburant de son messianisme démocratico-pétrolier.

Or, l’îlot qui servit de cadre à la naissance de ce qu’on peut appeler la Banque des Banques, au sens superlatif, comme on parle du Roi des Rois, s’appelait Ile de la Somme depuis sa découvert en 1562 et devint précisément Jekyll en 1886, soit un an après la parution du roman de Stevenson. Ce sont ses nouveaux propriétaires qui la rebaptisèrent.

A l’origine, elle devait servir de lieu de villégiature à un groupe de familles si riches – elles représentaient à elles seules, à l’époque, plus d’un sixième de la richesse du monde – que ces familles jugèrent prudent de s’isoler hermétiquement dans un ghetto entouré par l’Océan. Le Jekyll Island Club comptait, parmi ses membres, les Rockefeller, les Morgan, les Crane, les Gould. Nous retrouverons ces familles dans la suite du récit.

Le changement de nom de cette île, et surtout le choix de ce nom-là , ne peuvent pas être considérés comme des actes innocents et anodins. Manière détournée d’annoncer la couleur ? Message inconscient ? Signal codé à l’intention des initiés ? A chacun sa vérité, pour reprendre le titre d’une célèbre pièce de théâtre de Luigi Pirandello.

Incontestablement, nous avons déjà un pied dans la réalité et l’autre dans le roman c’est-à-dire dans les souterrains de l’action. C’est pourquoi il m’a semblé intéressant de commencer par analyser l’aura littéraire et psychologique des événements qui nimbent la conspiration de 1910. On découvre alors que le squelette du système monétaire s’habille de chair et de fantasmes, lesquels enrichissent notre compréhension de la machine machiavélique qu’une poignée d’hommes a conçue et imposée si solidement que leurs descendants sont considérés aujourd’hui comme les véritables maîtres du monde.

Sur les traces du bon Docteur Jekyll

Qui était ce Dr Jekyll dont l’histoire a si fortement impressionné les richissimes banquiers israélites qu’ils donnèrent son nom à leur luxueux ghetto ?

Le thème traité par Stevenson dans son roman est une variante du mythe faustien de l’homme qui conclut un pacte avec le diable. A l’ heure où la diabolisation des Etats qui s’opposent à l’extension de l’empire picrocholien et à son pillage des ressources planétaires, devient l’outil central de la manipulation des cerveaux, on voit que les thèmes bibliques élémentaires du combat du Bien contre le Mal, sont un des invariants les plus tenaces et les plus profondément enracinés dans les cervelles des peuples dont l’imaginaire religieux et l’arrière-monde moral reposent sur les textes vétéro-testamentaires – les israélites et les protestants – lesquels constituent le noyau influent de la politique intérieure et extérieure de Picrocholand.

Un vrai Dr Faust a réellement existé à la fin du XV ème siècle en Allemagne. On pense qu’il est né vers 1480 . L’humaniste Rufus l’a rencontré à Erfurt et le théologien Mélanchton, son compatriote, l’a connu à Wittenberg . C’était un personnage trouble, nécromancien, magicien, cartomancien, voyant, escroc, qui eut une vie errante et agitée. Il se vantait de pouvoir, grâce à son pacte avec Satan, reproduire les miracles attribués à Jésus-Christ dans les Evangiles. Dans une époque théologique troublée par la naissance du schisme protestant – les quatre-vingt quinze (95) propositions de Luther ont été clouées sur la porte de l’Eglise de Wittenberg en 1517 – le Dr Faust est devenu une sorte de mythe illustrant la présence agissante du diable dans la vie de l’homme voué au péché.

Or Stevenson était précisément un esprit religieux et un puritain protestant . A ses yeux, l’homme fait un mauvais usage de sa science parce que la raison profane est d’essence diabolique. Il connaissait naturellement l’histoire de la naissance du protestantisme à Wittenberg et les péripéties qui l’entouraient.

Son personnage principal, le " bon " Dr Jekyll est, à sa manière, une réincarnation du Dr Faust. Il est obsédé par la découverte qu’en chaque homme deux êtres cohabitent et se combattent férocement : l’un bon, l’autre mauvais. Apparemment las d’être " bon ", animé du désir pervers de laisser libre cours à ses penchants les plus fangeux et tenté par la pomme maléfique de la science profane d’inspiration satanique que dénonce la Genèse, il cherche et trouve une substance chimique qui lui permet de se dédoubler physiquement et donc de faire vivre séparément chacune de ses deux identités .

L’absorption de la drogue qu’il a fabriquée permet donc à l’honorable et élégant médecin, célèbre pour sa générosité envers les pauvres et sa bénévolence accueillante à l’égard de ses amis, de mettre à jour le jumeau hideux et monstrueux qui se cache en lui , Mister Hyde, comme son nom l’indique, moyennant une petite coquetterie orthographique – hide signifiant caché – qui ne trompe personne .

Cette créature aussi repoussante moralement que physiquement, erre la nuit dans les quartiers sordides de Londres, attaque les enfants et assassine les vieillards . Ce procédé littéraire , qui sera également celui d’Oscar Wilde dans son Portrait de Dorian Gray, traduirait la naïveté psychologique de laisser croire que les turpitudes et les crimes s’accompagnent de laideurs et de difformités physiques – et donc que les criminels auraient " la tête de l’emploi " – s’il n’était le ressort de l’action .

Car la finesse de Stevenson se révèle dans l’analyse de l’évolution de la psychologie du Docteur Jekyll : au début, sa mutation en criminel et en jouisseur se traduisait par une immense souffrance physique. Il lui fallait avaler une grosse rasade de sa potion et endurer mille morts avant que son corps et son âme se transforment. Mais peu à peu, il y prend goût et le personnage maléfique devient l’aspect prévalant de son être, si bien que le liquide n’est plus nécessaire pour faire surgir Mister Hyde. Il lui suffit de l’évoquer en pensée pour que la métamorphose se produise instantanément et facilement. Finalement, même le breuvage n’est plus parvenu à le faire disparaître. Mister Hyde avait tué le Dr Jekyll et le Mal avait triomphé du Bien .

La conclusion " morale " qu’on peut tirer du roman de Stevenson est donc que la pente naturelle de l’homme est "le Mal" , que celui-ci devient facilement la norme et fait oublier qu’un état d’honnêteté et de vérité ont pu exister un jour. Nous verrons que la manière dont le monde a reçu les manipulations monétaires des conspirateurs de l’île Jekyll a suivi une route rigoureusement parallèle à celle du héros du roman de Stevenson.

Pourquoi la réunion de l’île Jekyll

De nombreux économistes, monétaristes et autres savants spécialistes de la chose financière poussent l’audace jusqu’à évoquer , à propos des résultats de la réunion de 1910 dans l’île Jekyll, de "l’escroquerie du millénaire" mais n’osent poursuivre le raisonnement logique jusqu’à son terme afin de conclure que s’il y a escroquerie, c’est qu’il y avait des escrocs – comme dirait M. de la Palice. Derrière le système, cherchons les hommes.

La biographie des auteurs de la conspiration de l’île Jekyll, présentée aujourd’hui avec la déférence craintive que les historiens vouent à tout ce qui touche à la naissance et à l’évolution de l’empire picrocholien et avec la révérence qu’inspirent les puissances d’argent , s’éclaire à la lumière, notamment, de destins contemporains semblables – je veux parler de la foudroyante prospérité des oligarques russes après la dislocation de l’Union soviétique.

Or, quand une fortune fabuleuse est édifiée en quelques lustres, dans une époque troublée, Mister Hyde n’est jamais loin. Nous verrons que la guerre civile américaine, appelée aussi guerre de Sécession, a été un terreau fertile pour les spéculateurs , les trafiquants et les filous de tout poil. Plus près de nous, nous avons vu comment ont procédé les Roman Abramovitch, les Mikhaïl Khodorkovski , les Alexeï Morchadov, les Vladimir Goussinski, les Boris Berezovski. Nous avons suivi leurs exploits quasi au jour le jour, durant la période instable du passage en ex-Union soviétique d’une économie administrée et centralisée à une économie dite " libérale " et vu, de nos yeux vu, comment s’édifient en quelques mois , sinon même en quelques semaines, des empires financiers pharaoniques.

Un coup d’Etat invisible

Le modus operandi des participants au complot de novembre 1910 fait apparaître qu’il s’agit bien de l’œuvre d’une redoutable brochette de Mister Hyde. Leur coup de génie est d’avoir compris qu’ils pourront suivre le chemin inverse de celui qu’expose le romancier anglais. Grâce à l’invention de la potion magique de la FED, ils retourneront comme un gant le thème faustien et parviendront non seulement à se métamorphoser, sous les yeux du monde entier, en respectables Dr Jekyll, mais passeront longtemps pour des bienfaiteurs de l’humanité.

Ils travaillèrent à l’élaboration et à l’exécution de ce piège machiavélique durant plusieurs années et ils y mirent une patience, une énergie , une ruse qui méritent toute notre admiration pour leur savoir-faire . En effet, réussir à mettre la main sur le système monétaire et bancaire national, puis mondial, est un coup d’Etat d’autant plus magistral qu’il est invisible aux yeux du citoyen lambda .

Il faut savoir que celui qui détient la haute main sur la création et la gestion de la monnaie détient le vrai pouvoir. C’est là que le choix du nom de Jekyll pour désigner le point de départ de toute la manœuvre prend tout son sens.

La date du 23 décembre 1913 marque donc la métamorphose du paysage social et politique du futur empire picrocholien en un village Potemkine. Le pouvoir est toujours, en apparence, entre les mains des hommes politiques. Ceux-ci, telles des marionnettes, s’agitent et haranguent les foules sur le devant de la scène pendant que Mister Hyde, déguisé en Dr Jekyll et tapi dans les souterrains d’un Château semblable à celui décrit par Kafka, tire les ficelles et entasse des lingots .

Ces maîtres de la finance – donc ces maîtres du monde – se transmettent le pouvoir et les richesses à titre héréditaire. Une parentèle pléthorique placée à des postes-clés , un jeu d’alliances familiales et de collusions d’intérêts ont tissé une toile d’araignée sur l’ensemble du système bancaire picrocholien , lequel enserre aujourd’hui la planète entière dans ses filets (voir tableau ci-dessous) .

Lorsque le coup d’Etat monétaire se double d’une victoire institutionnelle décisive, comme c’est le cas de la décision du 23 décembre 1913 qui aboutit à l’anéantissement de l’article le plus important de la Constitution des USA, il est non seulement tentant, mais approprié de parler d’un pacte satanique au moins équivalent à celui que le vrai Dr Faust prétend avoir signé avec le diable et nous verrons que les prétendus miracles du charlatan du Moyen-Age font pâle figure à côté des miracles réels des conspirateurs de l’île Jekyll . Les alchimistes du Moyen-Age en rêvaient, les conspirateurs de l’Ile Jekyll l’ont fait. Ils ont même fait beaucoup plus fort. Les alchimistes avaient besoin de plomb, alors que c’est du papier que les comploteurs de 1910 ont transformé en or.

En effet, la Constitution américaine signée à Philadelphie en 1787 stipule toujours, dans son article 1, section 8, § 5, que "c’est au Congrès qu’appartiendra le droit de frapper l’argent et d’en régler la valeur".

Voir chap. IX : De Rothschildland en Picrocholand

On comprend la fascination qu’exerça le roman de Stevenson sur l’esprit de ces affairistes du Nouveau Monde au début du XIX e siècle , et le changement de nom de leur îlot est le témoignage éloquent qu’ils étaient parfaitement lucides sur la portée et le sens de leur action. La perspective de blanchir, d’un même mouvement l’argent et la réputation tout en continuant à s’enrichir de manière exponentielle au détriment des peuples du monde entier, constitue un exploit et une jouissance dont on devine qu’ils ne pouvaient que séduire des chevaliers d’industrie de ce calibre, les Mister Hyde désormais travestis en Dr Jekyll.

Une phrase " l’honorable " John Pierpont Morgan, un des membres éminents de la conspiration, donne une idée de leur manière de procéder : " Je n’ai nul besoin d’un avocat qui me dise ce que je n’ai pas le droit de faire. Je le paie pour qu’il me dise comment faire ce que je veux faire. " Avec M. JP Morgan, tout est possible.

Après le grand crash boursier de 1929, M. Louis T. Mc Fadden, membre de la Chambre des Représentants au Congrès, a accusé la Fédéral Reserve Board d’ avoir intentionnellement déclenché la catastrophe et a demandé qu’il soit procédé à des investigations sur " l’une des plus grandes conspirations CRIMINELLES économiques de tous les temps ".

Le 10 juin 1932, il écrivait : " Monsieur le Président, nous avons dans ce pays une des institutions les plus corrompue que le monde ait jamais connue. Je me réfère à Fédéral Reserve Board et à Fédéral Reserve Bank. La F.R.B. et la F.R. agissant ensemble ont appauvri et ruiné les gens des Etats-Unis (…) et ont pratiquement mis en faillite notre Gouvernement. "

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